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23/11/2010

Portrait de classe

portrait de classe.jpgDes lycéens rêvant de devenir écrivains, dans un pensionnat très privilégié d’Amérique : voilà le décor du roman de Tobias Wolff, Portrait de classe.
Un critique l’a comparé au « cercle des poètes disparus », et il y a de ça.

Ce pensionnat très bon chic bon genre accueille quelques boursiers, dont le narrateur. Comment s’intégrer quand on ne fait pas de bateau, qu’on ne passe pas ses vacances dans les stations à la mode ? Le narrateur se construit une image, même si aucune remarque malintentionnée ne l’y pousse. L’instinct ? (Admirons à l’occasion le titre si bien trouvé…)

La vie est belle au pensionnat. On s’attendrait à voir surgir un directeur insupportable ou un prof sadique, même pas. Les enseignants sont des modèles de patience et de pédagogie.

La vie est rythmée par les visites d’écrivains célèbres. Elles donnent à chaque fois lieu à un concours de nouvelles, dont le lauréat gagne une entrevue en privé avec l’auguste visiteur.
Quand la venue d’Ernest Hemingway est annoncée, le narrateur a décidé de gagner. C’est son auteur fétiche. Serait-ce l’occasion de dévoiler enfin qui il est ? L’envie qui le taraude depuis longtemps…. Oui, mais tous les moyens sont-ils bons ?


Un joli roman un peu à côté du temps : c’est si agréable !

17/11/2010

La formule préférée du professeur

ogawa_formule-préférée du professeur.jpgVoilà un roman réconfortant comme une truffe au chocolat. De Yoko Ogawa, j’avais surtout lu des textes assez dérangeants (mais géniaux. Lisez « La grossesse »…)
Je vois qu’elle excelle aussi dans le genre « doux ». Il faut dire que ce roman, paru en 2004 au Japon, a reçu de nombreux prix.

De quoi parle-t-on ? De la rencontre entre une aide ménagère, son fils de 10 ans, et un vieux professeur de mathématiques.
Ce vieil homme fort érudit et passionné des nombres premiers a une particularité : sa mémoire ne dure que 80 minutes, depuis un accident de voiture. Si l'aide ménagère s'absente plus de 2 h, elle doit se présenter comme s'ils se rencontraient pour la première fois. Pour remédier à cette défaillance, le professeur s'accroche des notes partout sur son costume. La communication n'est pas simple. Pourtant, une affection lie de plus en plus fort ce trio, grâce au fils, surnommé Root (racine carrée !) et aux mathématiques.

Un roman en douceur, qui trace une belle relation inattendue.

12/10/2010

Arlington Park

Arlington Park.jpgJoie des dépôts-ventes et autres Emmaüs : on cherche une table, et on repart avec un bel exemplaire quasi-neuf d’Arlington Park, de Rachel Cusk, qu’on voulait lire depuis longtemps.

Attention, ce n’est pas gai du tout ! Ce sont les histoires (ou plutôt les non-histoires) de femmes dans une banlieue résidentielle de Londres.
En 24h, l’auteur nous montre des tranches de vie de quatre femmes. L’une est instit alors qu’elle s’était toujours vue dans une grande carrière, l’autre est enceinte jusqu’au cou pour la 4e fois et ne se reconnaît plus. Elle loue la chambre d’ami à des jeunes étudiantes étrangères, jeunes et belles. La plupart sont mères au foyer et totalement débordées par les rendez-vous café du matin avec les voisines.
Elles ont toutes un point commun : le sentiment très présent d’être passées à côté de leur vie.

La structure est extrêmement plaisante : quand on quitte à 16h00 une femme qui vient de récupérer ses enfants à l’école, on en retrouve une autre en train de préparer l’atelier littéraire dans son école, à la même heure, et ainsi de suite. Ca donne une petite impression de voyeur de quartier qui n’est pas désagréable.

C’est dur pour les couples, c’est dur pour les enfants, c’est dur pour les femmes aussi. La virée shopping au centre commercial du coin est totalement désespérante !
Il y a des percées féministes par-ci par-là et l’ombre de Virginia Woolf flotte pas très loin.

Bref, un roman pour ceux/celles qui n’aiment pas que les romans à grande intrigue, mais qui apprécient de beaux portraits un peu tristes.

10/10/2010

Corpus delicti, un procès

corpusdelicti.jpgJ'avais bien aimé le très cruel "La fille sans qualité" de Julie Zeh. Alors j'ai lu son dernier roman : "Corpus delicti, un procès" qui n'est pas mal non plus.

Nous sommes au milieu du 21e siècle. La société a dépassé le stade primaire où l'on était encore malade. La Méthode dirige et règne sur tout, afin que le graal de la Santé ne soit pas égratigné. Oui, c'est un totalitarisme hygiéniste. Le prix de la santé : interdiction de fumer et de boire de l'alcool, cela va de soit, mais aussi obligation de faire du sport, obligation de faire des prises de sang régulières chez soi, etc. L'amour est aussi régi par des codes précis : on ne copule qu'avec des personnes biologiquement compatibles, indiquées par la Centrale de Recherche de Partenaires.

Mia, jeune scientique, est embarquée dans un procès qui va se révéler horriblement kafkaïen. Interrogée initialement pour un simple manquement à ses devoirs de prise de sang et autres contrôles sanitaires, elle se verra finalement accusée de terrorisme contre la Méthode et pire que tout, d'activiste du DAM (Droit à la Maladie).

Pourquoi ce grain de sable dans la vie de Mia ? Pourquoi cet enchaînement terrifiant ?

Le frère de Mia, Moritz, a été condamné à mort pour un crime qu'il affirme n'avoir pas commis. Mais soutenir son frère... c'est être contre la Méthode, dont les tests ADN ne peuvent être remis en cause...

Les scènes de procès alternent avec les souvenirs de son frère. S'y entremêlent une relation faite d'attirance et de haine entre Mia et Kramer, le brillant journaliste défenseur de la Méthode et prêt à tout pour démontrer sa supériorité.

Bref, un bon roman qui donne à réfléchir, avec une intrigue, des personnages intéressants... Seul regret : une tendance à la démonstration qui nuit par moment à la lecture (manie qui m'avait déjà gênée dans La fille sans qualité).

30/08/2010

Falling angels

Falling angels.gifSi dans vos bonnes résolutions de la rentrée, il y a "améliorer mon anglais", j'ai ce qu'il vous faut ! Je viens de finir Falling angels, de Tracy Chevalier (oui oui, l'auteur de La jeune fille à la perle). Ca se lit facilement et le vocabulaire n'est pas très compliqué.

L'histoire : le jour de la mort de la reine Victoria, en 1901, deux familles se rencontrent au cimetière. Leurs tombes familiales sont voisines. Les deux filles, Maude et Livy, deviennent immédiatement les meilleures amies du monde. Les hommes se considèrent avec sympathie. Les femmes en revanche.... ont tout qui les opposent. Kitty Coleman, la mère de Maude, est belle, froide, un peu étrange (la preuve : elle n'a pas mis de robe noire en ce jour de deuil national !). Gertrude Waterhouse, elle, a la taille épaisse, des idées traditionnelles, bref, une bonne mère de famille.

Le roman raconte l'évolution de ces deux familles, qui deviennent rapidement voisines. Le cimetière est un acteur de premier plan : lieu de rencontre en tous genres et lieu de jeu pour les jeunes filles, avec le jeune fossoyeur Simon.

Kitty Coleman s'éloigne de plus en plus de sa famille, et s'engage à corps perdu dans le combat des suffragettes (pour le vote des femmes), au grand dam de son époux, de Maud délaissée, et des voisins.

Ce qui est intéressant, aussi, c'est la structure polyphonique du roman. Il progresse en écoutant un protagoniste après l'autre, par petites touches. La version de Maude enrichit celle du fossoyeur, qui enrichit celle de Kitty, etc. Ce procédé met un peu temps à démarrer, il faut bien le dire, car au début, il ne se passe pas encore grand chose. Ensuite, les choses se corsent, et la structure prend tout son intérêt.

Merci à San-tooshy pour m'avoir suggéré Tracy Chevalier en lecture de vacances ! J'ai aussi lu La jeune fille à la perle. On rentre bien dans l'univers un peu lourd du peintre Vermeer et de sa famille, on imagine l'ambiance de Delft. Oui, à lire !