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29/08/2010

La centrale

la-centrale.jpgOn a beaucoup parlé de ce premier roman d'Elisabeth Filhol quand il est sorti, chez POL. Il a d'ailleurs eu le prix France Culture Télérama. Je trouve ce prix mérité. C'est un petit roman court et facile à lire. Le sujet : les centrales nucléaires. Ou plutôt : les saisonniers chargés de l'entretien des centrales. On suit le personnage central dans ses voyages entre Tricastin et Le Blayais, entre deux agences d'intérim. Il est spécialisé dans les interventions simples (remplacement de plaques) mais dangereuses car proches du réacteur. Donc, il trouve facilement du boulot. Mais attention : chaque homme surveille très attentitvement son dosimètre, car ils n'ont droit qu'à un quota précis de rayonnement par an.

J'ai beaucoup aimé suivre la vie des saisonniers, qui cohabitent plusieurs mois dans des caravanes sur des campings pour économiser. Des liens se tissent de missions en missions. Elisabeth Filhol raconte bien aussi cette obsession du dosimètre : les hommes oublient que le quota imposé, c'est pour leur santé; ils pensent juste "si je dépasse le quota, comment je vais retrouver une mission ?"

On y parle aussi de la peur, quand les hommes soudain reprennent conscience de ce qu'ils font.

Autre passage extrêmement intéressant : l'auteur revient sur Tchernobyl, et détaille les minutes d'avant la castastrophe. Je n'en dis pas plus. Le mieux est encore le lire...

03/07/2010

Lectures d'été

Vacances_republique dominicaine.jpgJuillet débarque, le soleil aussi. Les valises sont dépoussiérées. Il ne manque plus que quelques bonnes pages.

Voici ma traditionnelle sélection pour l’été. Et non moins traditionnellement, je fais appel aux suggestions des lecteurs intempestifs, pour remplir mes propres bagages !

Grosse valise à roulette

Pour ceux qui ont de la place pour de gros pavés (mais méfiez-vous, ils se lisent vite !)

Mansfield Park, de Jane Austen.Ambiance : un grand domaine dans l'Angleterre de 1800. Moralité et amour font-ils bon ménage ?

Chez les heureux du monde, d'Edith Wharton.
Ambiance : belle société new-yorkaise du début 20e. Royaume de l'hypocrisie et des apparences. Implacable !

Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenessia
Ambiance : Paris années 60. L'évolution d'un adolescent

Le chœur des femmes, de Martin Winckler
Roman médical addictif que je suis en train de lire en ce moment (au moins, je ne risque pas de vous raconter la fin !) Si vous avez toujours voulu savoir ce qui se passe dans les cabinets de gynéco, c’est le livre qu’il vous faut !
Jean [Djinn] Atwood est une jeune interne, major de promo, qui se destine à une brillante carrière de chirurgie gynécologique. Elle doit passer six mois dans le service de Franz Karma, qui fait des consultations gynécologiques simples, des IVG, prescrit des  pilules… Elle n’a pas du tout envie d’y perdre son temps à "tenir les mains des patientes".

Karma reçoit les femmes que personne ne veut recevoir ou que les gynécologues méprisent ou fuient comme la peste, immigrantes, femmes voilées, SDF, femmes violées, mais aussi celles qui sont en rupture de famille, ou qui ont décidé qu’elles ne veulent pas avoir d’enfants et demandent à se faire stériliser.
Pire que tout : Karma passe son temps à écouter les patientes et ne les examine pas toujours.

On assiste peu à peu à la lente conversion de la carriériste Jean aux méthodes douces de Karma.

Autant je n’apprécie pas spécialement le langage « parlé » de la narratrice principale (Jean) et certains monologues sont  un peu longuets, autant ce roman est addictif. (La Maladie de Sachs m’avait fait le même coup, d’ailleurs). Le côté "choeur" avec le jeu de narrateurs différents est intéressant également.

C’est un beau plaidoyer pour une médecine alternative, pour le respect du patient en tant que personne et pour l’écoute.
« soigner, ce n’est pas jouer au docteur »

Petit sac à dos
On a toujours de la place pour de petits bijoux au fond du sac.

La joueuse de go, de Shan Sa
Ambiance : Chine de 1937. Une étrange rencontre entre une adolescente chinoise et un jeune officier japonais. Bouleversant.

Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé
Ambiance : île tropicale imaginaire. Le destin de 3 femmes.

Bonheur fantôme, d'Anne Percin
Ambiance : campagne française contemporaine. Un trentenaire quitte Paris et son ami pour devenir brocanteur. Perles de rencontres.

La délicatesse, de David Foenkinos
Ambiance : une ville française. La naissance d'un amour impropable entre une jeune veuve carriériste et son collègue le plus bizarre.

02/07/2010

Le club des incorrigibles optimistes

le club des incorrigibles optimistes.jpgLes livres primés par le Goncourt des lycéens, souvent, c'est bien. Le cru 2009 le confirme.

Le club des incorrigibles optimistes, de Jean-Michel Guenessia, c'est 750 pages de délice. Attention, ça se lit vite !

Michel Marini a 12 ans en 1959. On le voit grandir à Paris, sur fond de guerre d'Algérie et de crise familiale. Sa mère est gaulliste, son père est communiste. Il se lie d'amitié avec des réfugiés de l'Union Soviétique, à une époque où le parti communiste ferme les yeux sur ce qui s'y passe. Ils ont quitté leurs pays pour des raisons parfois très différentes, mais ont toujours d'incroyables histoires à raconter dans leur club d'échec.

Très beau portrait d'une époque-charnière, où l'on sent les frémissements de 68. Très beau portrait d'adolescent. Très beau livre !

"Je suis un optimiste aussi, répondit Igor. Le pire est devant nous. Réjouissons-nous de ce que nous avons".

21/06/2010

La joueuse de go

la joueuse de go.jpgAutant vous l'avouer, ce livre est resté très longtemps sur l'étagère avant que - victime d'une grave pénurie livresque - je m'en empare. Il ne m'inspirait pas. C'était une erreur.

Le style de Shan Sa est simple, avec des phrases courtes sans frioriture. Deux histoires s'entrecroisent dans des chapitres aussi courts que les phrases. La vie d'une adolescente chinoise de 16 ans, et le destin d'un jeune officier japonais.

On se doute vite que ces deux-là vont se rencontrer. Mais comment...

Nous sommes en 1937 en Mandchourie occupée par les Japonais. Les combats politiques, la résistance contre l'occupant, tout cela dépasse l'adolescente. Elle joue au go, se trouve des copines au lycée, et vit ses premiers émois amoureux.

L'officier n'a rien à voir avec ces préoccupations. Il vit pour sa Patrie. Sa famille aussi d'ailleurs. Avant qu'il ne parte, sa mère lui a dit "Entre la mort et la lâcheté, choisis sans hésiter la mort". Voilà qui résume assez bien son code de conduite.

A force de s'entrecroiser à toute vitesse, les chapitres vont se mêler... et les personnages se rencontrent. Je n'en dirais pas plus.

C'est vraiment très fort. Osons même le mot bouleversant, un mot qui ne sort pas très souvent.

01/06/2010

Mendiants et orgueilleux

mendiants et orgueilleux.jpgUn chouette cadeau, vraiment, ce livre. Un bel éditeur (Joëlle Losfeld), une belle couverture, et un roman conseillé exprès pour moi par le libraire. Merci libraire : joli choix ! Je n'avais jusqu'à présent jamais entendu parler d'Albert Cossery. Ce monsieur a pourtant reçu en 1990 le grand prix de la Francophonie pour l'ensemble de ses ouvrages.

Revenons à nos mendiants, dont la première édition date de 1950. C'est une déambulation dans le vieux Caire indigène et délabré. On y rencontre surtout des hommes. (Les femmes ont leur place : putain ou mégère. Bon, passons.) Gohar est le personnage principal : vieux, pauvre, sage et heureux, suçant du hachisch. Dans son appartement : une chaise et un tas de journaux pour dormir. Car ce qu'il aime, c'est  de ne pas être freiné par des objets. Quand on n'a rien, on ne craint pas de perdre, n'est-ce pas ? Gohar était  un ancien professeur, mais un jour, il s'est dit que ce qu'il racontait, c'était n'importe quoi, que la vie était beaucoup plus simple et plus belle, et il devint mendiant. Son ami Yéghen, fournisseur de drogue, vit aussi dans le dénouement le plus total. Tous les deux se moquent du gouvernement, des institutions et de l'autorité. Pire, ils l'ignorent. Ils semblent vivre dans un monde où ces autorités n'existent pas. C'est ce qui met en rage Nour El Dine, un policier chargé de mener l'enquête sur le meurtre d'une jeune prostituée. Ces mendiants-philosphes sont capables de rire de tout, même de la mort.

C'est une belle balade fantasque, ode au dénouement, à la liberté et à la paresse.

Fantasque ? Quand un hôtelier n'a que 3 édredons pour tout l'hôtel, et retire l'édredon dès qu'un client est endormi pour en endormir un autre, vous trouvez ça comment, vous ?