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25/05/2009

Victoire

victoire.jpgVictoire, de Joseph Conrad

Ce livre-là ne fait pas partie de l’actualité littéraire, il est sorti en 1915, mais il vaut le détour !
Quelle ambiance du bout du monde, quel huis clos exotique ! Attention, il est difficile de lâcher le volume avant de l’avoir terminé.
La quatrième de couverture décrit Victoire comme « à la fois un récit d’aventures, un roman philosophique, un conte colonial, une réflexion métaphysique.. », et c’est bien tout ça à la fois.
L’histoire se passe dans les îles indonésiennes, du temps des colons, au19e siècle.
Le Suédois Heyst est un homme seul, qui se promène d’île en île. Fils d’un philosophe, il se refuse à participer au monde. Il se laisse flotter et finit par s’installer sur une île déserte. Mais il doit finalement agir et infléchir le destin d’une jeune danseuse : il l’enlève pour la soustraire à une troupe mesquine et brutale et aux avances encore plus effrayantes du propriétaire de l’hôtel, Schomberg.
Schomberg n’aime déjà pas ce vagabond de Heyst, mais là, sa haine est sans limite.
Là-dessus, trois escrocs terrifiants débarquent dans l’hôtel de Schomberg. Pour s’en débarrasser, l’hôtelier les met sur les traces de Heyst, faisant allusion à de l’or qu’il cacherait sur son île.

L’atmosphère est prenante, les personnages aussi. L’écriture de Conrad, d’une autre époque, m’a séduite également. Il multiplie les points de vue et les conteurs, ce qui donne un peu l’impression qu’on nous raconte une histoire, bien installés dans un boudoir avec de gros canapés en cuir et une tasse de thé qui refroidit. Il est vrai qu’on parle beaucoup de gentlemen dans ce roman.

18/05/2009

Anchise

Anchise, de Maryline Desbiolles, éditions du Seuil, collection Fiction & Cie.
J’avoue, je l’ai lu seulement parce qu’il a eu le prix Femina (en 1999 !), car le titre ne me disait rien. Et pourtant, quelle belle surprise !
Quelle poésie dans ce court roman d’une centaine de pages, qu’on lit comme une délicate friandise.
Ça se passe de nos jours dans la campagne près de Nice, et pourtant on a l’impression que c’est un roman sans temps et sans lieu, comme un beau conte. On y parle de trois maisons au bord de la départementale, où s’accrochent des vieux. Ils sont isolés mais ne s’aiment pas et se parlent encore moins. Sasso traite tout le monde de con, la Thomas s’enferme derrière ses volets et ne voit pas le jour, et Anchise… Anchise c’est autre chose.
Anchise, c’est l’homme de la maison du milieu. L’homme qui a aimé sa femme, morte bien trop tôt. C’est cette histoire d’un amour dont il ne se remet pas, l’histoire d’un rêveur qui a des abeilles qui lui sortent des poches.
En toile de fond, Maryline Desbiolles parle beaucoup de la campagne aujourd’hui, quand 80 % de l’humanité vit dans les villes, comme elle aime à le répéter au détour des pages.
« Campagne. Vaste étendue de pays découvert. Si découvert en effet malgré les broussailles, les ares qui peu à peu remplacent ce qui fut cultivé…[…]. Le maquis, il vaut mieux le prendre en ville. Etendue de pays découvert mais fermé comme une huître […] »

C’est vraiment un très beau roman, très doux. Je ne connaissais pas l’auteur, mais ça donne envie de lire d’autres livres d’elle (j’ai vérifié : ouf, il y en a d’autres.)

13/05/2009

Paris Brest

paris-brest.jpgParis-Brest, de Tanguy Viel, éditions de Minuit.
C’est un livre qu’on m’a offert, ce qui n’étonnera personne connaissant mon lieu de naissance. Et c’est un roman très bien, même pour des non-Brestois. Ça se lit facilement, dans un style indéfinissable frisant le poétique : avec quelques gouttes de Michaux et de Vian. Les personnages ? Ils sont peu nombreux.
Il y a la grand-mère, qui a hérité d’un grand appartement à Brest, vue sur la rade. Elle est riche.
Il y a le narrateur, qui vit dans le studio du dessous, alors que ses parents fuient dans le sud pour une sombre histoire de sous et de Stade Brestois. Il s’ennuie, rêve d’aller à Paris, rêve de faire quelque chose. Mais il n’a pas de sous.
Il y a le fils Kermeur, avec qui le narrateur passe ses soirées. Le fils Kermeur, que la mère du narrateur a toujours essayé d’éloigner de son fils. Sans succès.
Car surtout, il y a la mère du narrateur. Insupportable et toujours présente. La mère déteste Madame Kermeur, qui – chose atroce – est la femme de ménage de la grand-mère. Une femme de ménage, bien sûr, ne pense qu’à voler ce qui devrait lui revenir à elle, au décès de la grand-mère. Voilà, en gros, les pensées généreuses de la mère.

Enfin, bref, c’est assez compliqué à tout expliquer. On parle de famille, de sous, de non-dits, de bourgeoisie.
Vous n’avez qu’à lire le roman, il est court et vous ne serez pas déçu.
Voici quelques tout petits extraits :
« Tout était calme comme la mer ne l’est jamais à cette époque »
« Il a continué à siffloter et à rien du tout » (ça, c’est le fils Kermeur, évidement)

Comme j’aimais bien ce livre et comme le veut ma tradition, j’ai voulu le donner à un Brestois. Devinez quoi ? On le lui avait déjà offert. Heureusement, j’ai trouvé preneur en élargissant un peu ma zone géographique.

Ce joli petit objet fait aussi partie des livres sélectionnées pour le Prix Inter 2009.

11/05/2009

Une partie du tout

une partie du tout.jpgUne partie du tout, de Steve Toltz, éditions Belfond. J’avais lu une critique dithyrambique dans le Monde des livres, alors je l’ai acheté. Et j’ai bien fait !
500 pages grand format, 500 pages où il se passe un tas de chose et où l’on ne s’ennuie jamais.
Un livre ébouriffant, entre roman d'aventures, jubilation et conte philosophique. Une saga familiale, d’Australie à Paris, en passant par l’Asie.

C’est l’histoire de Jasper Dean, de son père Martin (génie fou) et de son oncle Terry (tueur en série de tous les sportifs ayant triché, célébrité adulée).
Dans l’ombre de son frère Terry, Martin ne peut rien faire, il s’ennuie et se cherche des projets, qui virent tous à la catastrophe. Parmi ses projets, il y a éduquer son fils Jasper selon ses propres principes.
Ajoutez à cela d’innombrables et extraordinaires personnages secondaires, la recherche par Jasper d’une mère jamais connue et donc mythifiée, un dénouement à la hauteur du reste…
Une excellente lecture pour ces week-ends ensoleillées et prolongés. On peut assez facilement imaginer un film qui suivrait, d’ailleurs, tant il y a d’actions et de personnages croustillants.

09/05/2009

Equatoria

equatoria.jpgCa fait bien longtemps que je ne vous ai pas parlé de mes lectures. Je vais réparer ce contre-temps, car il y a de quoi lire !

Commençons par Equatoria, de Patrick Deville, éditions du Seuil, collection Fictions et Cie. Un des livres sélectionnées pour le Prix Inter 2009.

Un bien beau livre. Un beau style très élégant et retenu, avec juste ce qu’il faut d’humour. Une très belle ambiance. L’auteur part sur les traces de Brazza en Afrique. On remonte le Congo en vapeur. Face aux chutes d’eau, on démonte pièce par pièce le vapeur et on poursuit la progression dans la boue. On suit aussi les destinées d’Albert Schweitzer, de Livingstone, de Pierre Loti, d’Henry Stanley et de bien d’autres. On croise le Che en Angola. Tous ces hommes sont incarnés, ils ont une histoire, des faiblesses, des ambitions. On y rencontre aussi les velléités colonialistes de la France, de la Belgique, du Royaume-Uni.
Chaque chapitre est un pays. Dans chaque pays, l’auteur-narrateur crapahute accompagné d’un guide ou d’un ami local et parfaitement contemporain. Le mélange des époques est très réussi.
Il ne lui manque qu’une chose, à ce livre : une carte de l’Afrique et de ses fleuves.
Munissez vous de votre atlas préféré pendant la lecture !

Je suis vraiment désolée de ne pas pouvoir vous parler plus précisément d’Equatoria et de vous donner un aperçu de quelques lignes : comme il était vraiment bien, je me suis empressée de prêter mon exemplaire et de le faire voyager, lui aussi.