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21/09/2015

La condition pavillonnaire

critiques, roman, Sophie Divry

Dans ce roman un poil féroce de Sophie Divry, l'héroïne s'appelle M-A. Et l'auteur lui dit "tu". M-A est née en 1954. Sophie Divry s'amuse à décrire le monde des objets de M-A, et la vie au "clos des Narcisses", où ouvrir la portière, s'asseoir dans la voiture, mettre sa ceinture, sont des gestes très très fréquents.

M-A ? Oui oui, vous pouvez prononcer Emma, puisque c'est l'Emma Bovary des temps modernes. M-A rêve de belles études et de beaux hommes, M-A rêve. M-A aura le mari, puis les enfants, puis le pavillon et le beau jardin. M-A rêve toujours. Car M-A s'ennuie à mourir et attend l'Evénement.

Enfin, un jour, c'est l'aventure. Elle y croit... mais elle est bien la seule.

Une description clinique de la vie en banlieue, et un beau portrait d'une époque.

04/06/2015

Plein hiver

hélène gaudy, roman, critiquesComment ça, ce titre n'est pas de saison ? Au moins, il est rafraichissant. Et surtout, c'est le titre d'un beau roman d'Hélène Gaudy. Auteure dont je vous ai déjà parlé ici, si vous me suivez.

Plein hiver, c'est l'histoire d'une petite ville américaine paumée, où il fait froid et où les hommes travaillent à la scierie. Dans cette ville il y a 4 ans, David a disparu. Il avait 14 ans et une petite bande de copains. Aujourd'hui, David réapparait. Est-ce bien lui ou est-ce un autre ? Hélène décortique la relation de David et de ses copains. Elle dissèque les effets du retour tant espéré mais finalement très perturbant. Hélène est super forte pour parler des ados. Bravo !

23/03/2015

Les années

Les années, Annie Ernaux, critiques

"Les années", un superbe texte d'Annie Ernaux paru en 2008. Une "autobiographie impersonnelle", comme elle le décrit elle-même. C'est écrit à l'imparfait et c'est le "on" qui domine. Annie Ernaux raconte le passage du temps - des années 40 aux années 2000. Elle entremêle la rumeur du monde et sa propre vie de fille de petits commerçants qui poursuit ses études et change de milieu, tant bien que mal. Pour ça, elle se repose sur une série de photos d'elle à chaque époque. Elle explique en effet dans un autre livre (le vrai lieu) qu'elle a toujours besoin de partir de choses concrètes pour écrire.

Le récit est haletant, rapide. Et le mélange portrait de plusieurs époques / portrait d'une femme, vraiment très réussi.

 

16/03/2015

Les initiés

critiques, Thomas Bronnec, romanUn roman noir passionnant : Les initiés, de Thomas Bronnec. C'est un journaliste qui a longtemps enquêté sur Bercy, la crise des subprimes et la crise de la dette grecque. Et le roman est très réaliste... au point qu'on peut jouer à chercher des ressemblances entre les personnages de fiction et certaines personnes de la vraie vie. J'ai adoré les luttes de pouvoir entre le politique et les administratifs du Trésor, les stratégies politiques entre le président et la ministre de l'économie, très haute en couleur. Les portraits de banquiers et celui du directeur de cabinet de la ministre de l'économie. Bref, un roman très intéressant pour comprendre les coulisses du pouvoir économique et politique, et un roman noir haletant. Hautement recommandable !

06/12/2014

La femme gelée

critiques, roman, Annie ErnauxJe suis en train de lire ou relire une bonne partie de l’œuvre d'Annie Ernaux. A cette occasion, j'ai découvert La femme gelée, qui est assez terrible.

Annie Ernaux prend comme matière première de tous ses romans sa propre vie, mais à chaque fois avec des angles différents.

Ici, l'angle, c'est l'égalité des sexes. Elle raconte son enfance en Normandie dans le café-épicerie de ses parents. Une petite fille épanouie, aventureuse et bonne élève, qui n'a peur de rien. Une mère matrone qui mène de main de maître l'épicerie, un père plus doux qui fait la cuisine et l'attend à la sortie de l'école. Un bon début dans la vie pour une fille donc !

Annie Ernaux "monte" à Paris pour ses études, la liberté. Elle y rencontre un étudiant en sciences politiques, ils ont les mêmes idées sur l'égalité de sexes et le changement de la société. C'est le bonheur, ils finissent même par se marier, parce que ça se fait beaucoup à l'époque. Et peu à peu, Annie Ernaux raconte le lent emprisonnement de la jeune femme autrefois si libre. Elle veut préparer le CAPES, son jeune mari n'a rien contre... si elle lui mitonne quand même des petits plats. Peu à peu, la jeune femme cesse de se battre, peu à peu elle perd du terrain. L'arrivée des enfants n'arrange rien, évidemment. Seul espoir : la jeune femme ne se résigne pas tout à fait et profite de chaque sieste des enfants pour préparer son CAPES... qu'elle finit par avoir. Mais ça restera le "deuxième salaire", un travail à faire en plus du ménage et du reste. Coupable au travail de ne pas assez s'impliquer, coupable à la maison. Coupable et gelée.

Un beau livre... bien que la deuxième partie de "gel" de la jeune fille soit rude !