21.11.2009

Bonheur fantôme

bonheur fantome.jpg

Un bien beau livre que "Bonheur fantôme", premier roman adulte de Anne Percin, paru dans la collection La brune du Rouergue. L'écriture est simple et pure. La lecture est douce. Peut-être parce que le héros, qui a pourtant un passé bien torturé, est parti chercher à la campagne un peu de sérénité. Voilà, c'est un livre serein. Enfin, c'est l'effet qu'il m'a fait.

C'est l'histoire de Pierre, 28 ans, qui plaque tout pour vivre comme brocanteur au fin fond de la campagne. Ancien étudiant en philo, ancien mannequin à ses heures, enfant qui a vu mourrir son frère, Pierre panse seul ses blessures dans cette campagne. Il noue une très belle relation avec la vieille voisine d'à côté. On y croise aussi la philosophe Simone Weil et puis la peintre Rosa Bonheur. Mais c'est surtout l'histoire d'un amour avec un grand A. Un amour si fort que Pierre ne sait pas trop bien comment ne pas en souffrir.

Merci Catherine pour ce beau cadeau !

Quelques phrases en amuse-gueule :

"Vivre seul ne nuit pas, ni ne guérit de rien. Ca rend seulement plus évident ce qui empêche de vivre avec les autres". Oui, on sent bien la solitude, et aussi l'humidité de la maison, dans ce livre !

Et puis une autre :"Si on devait accepter toutes les étiquettes qu'on nous colle, on serait des oiseaux mazoutés, nos ailes ne s'ouvriraient jamais."

16.10.2009

Baudrillard ou "Le jogging est une nouvelle forme de servitude volontaire"

Amerique.jpgJ'ai lu l'"Amérique" de Jean Baudrillard le sourire aux lèvres. Ce n'est pas toujours le cas pour les essais. Mais là... on ne peut pas s'en empêcher. Baudrillard, plus connu pour La société de consommation, tente de comprendre ce qui fait que les Etats-Unis sont si mythiques, si admirés, si détestés, si grands, si... américains.

Dans les thèmes qu'il aime particulièrement gratouiller : le désert, la grandeur du pays, les freeways et les automobiles, et le jogging.

J'arrête de vous faire mariner, voici quelques pépites (de cookies, of course) :

"Le désert est une extension naturelle du silence intérieur du corps" (c'est beau, non ?)

"Rien n'évoque plus la fin du monde qu'un homme qui court seul droit devant lui sur une plage, enveloppé dans la tonalité de son walk-man, muré dans le sacrifice solitaire de son énergie, indifférent même à une catastrophe puisqu'il n'attend plus sa destruction que de lui-même, que d'épuiser l'énergie d'un corps inutile à ses propres yeux." (Vlan ! Jetez vite vos chaussures à courir)

"L'intelligence de la société américaine réside tout entière dans une anthropologie des moeurs automobiles"

et puis aussi, sur Los Angeles : "Dans cette métropole centrifuge, si tu descends de ta voiture, tu es un délinquant, dès l'instant où tu te mets à marcher, tu est une menace pour l'ordre public, comme les chiens errants sur les routes" (le pire, c'est que c'est assez réaliste...)

 

Pour qui, ce livre ?

Ceux qui reviennent des Etats-Unis, ceux qui vont aux Etats-Unis, ceux qui sont aux Etats-Unis.

Ceux qui sont en manque d'argument pour ne pas courir le dimanche matin.

Ceux qui n'aiment pas la télé.

Ceux qui aiment le désert.

Ceux qui aiment Baudrillard.

Et puis d'autres encore.

08.07.2009

Mes prochaines lectures...

Voici une nouvelle liste de livres... que je n’ai pas lus. Ma liste pour les vacances, quoi. Merci aux filles (oui, il me semble bien que c'était féminin, cet échange de haute volée) qui les ont suggérés sur la blogo-facebookspère et ailleurs. Je ne suis pas sure de tout lire... mais peut-être là-dedans trouverez vous aussi votre bonheur. 
C’est étrange, personne ne m’a suggéré un auteur français... Allez, un petit effort !

Jour de chance !!! Voici une mise à jour de cette belle liste au 10 juillet, car j'en avais oublié et puis on m'en a suggérés d'autres. Merci, grâce à vous, j'ai même maintenant une rubrique française.

Ambiance Un bon best-seller (les suggestions de Morgan !)

La voleuse de livres, de Markus Zusak (30 ans !) Quand la mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter. Une histoire étrange et émouvante où il est question : d'une fillette ; des mots ; d'un accordéoniste ; d'Allemands fanatiques ; d'un boxeur juif ; de vols.

Le treizième conte, Diane Setterfield. Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l'écart du monde, s'est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd'hui, âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur son extraordinaire existence. Sa lettre à Margaret Lea est une injonction : elle l'invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l'imaginaire.

Ambiance francaise

Christian Gailly, L’incident. Elle n'avait pas prévu qu’on lui volerait son sac à la sortie du magasin. Encore moins que le voleur jetterait le contenu dans un parking. Quant à Georges, s’il avait pu se douter, il ne se serait pas baissé pour le ramasser. Adapte au cinéma par Alain Resnais sous le titre Les Herbes folles. Triple fois oui, Yvves, cet auteur est hautement recommandable, notamment Be Bop qui est dans ta liste de trucs à lire super-bientôt, il me semble.

Aurélien, de Louis Aragon. Pour les fans de Belle du seigneur. Merci Mister Gouny pour cette idée !

 

Ambiance Beckettophile

Molloy, Malone meurt et L'innommable, de Beckett. Je ne m'étends pas (je ne les ai pas encore lus !!)... il faut vous adresser au beckettomane en chef Yvves.

 

Ambiance nippone

- Soie, d'Alessandro Barrico. Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des neufs sains. Entre les monts du Vivarais et le japon, c'est le choc de deux mondes, une histoire d'amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Un roman court, très poétique, lyrique, beau et pur. (Ca m'a l'air tres prometteur...)

- Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, de Haruki Murakami. Un homme à la vie tranquille retrouve son amour de jeunesse...

 

Ambiance chinoise
- la Montagne de l'Ame, de Gao Xingjian, un poème de presque un millier de pages... Le voyage initiatique d’un homme à travers la Chine bouleversée par la Révolution culturelle (attention, gros pavé !)

- La joueuse de go de San Sha. 1937. Alors que la Mandchourie est occupée par l'armée japonaise, une lycéenne de seize ans semble ignorer tranquilement la guerre, les cruautés, les privations. Mélancolique, seule, l'adolescente joue au go. Un roman sur la naissance de l'amour et de la conscience politique. (Je l'ai sur un etagere depuis des lustres... va falloir que je le lise !)


Ambiance Classiques
- Amok ou le fou de Malaisie, de Stefan Zweig. Des nouvelles !

- Les beaux mariage, d’Edith Wharton. (Depuis le temps qu’on m’en parle, je n’ai encore rien lu d’elle, alors qu’il semble y avoir des points communs avec Virginia Woolf...). Les qualités d'analyse de la grande Edith Wharton et son brio font merveille dans cette vaste fresque qui dépeint une classe qui meurt et le monde du XXe siècle en pleine formation et trace avec audace et talent le portrait d'une femme moderne. Et aussi, Le temps de l’innocence.


Ambiance indienne

- Nocturne Indien, Antonio Tabucchi. Dans la chaleur des nuits indiennes, un homme part à la recherche d'un ami disparu. Entre Bombay et Goa, de bas-fonds miséreux en hôtels pour Occidentaux au luxe tapageur, sa quête croise la route de personnages étranges et déroutants. Mais il est facile de se perdre dans ce pays ensorcelant où les enfants sont devins, les vieillards un peu fous et les femmes si belles...

- Le pays des marées, Amitav Gosh. Trois destins étrangement liés, trois visages de l’Inde, trois regards croisés sur son histoire et son patrimoine.


Ambiance Europe
- la trilogie d'Agota Kristof (Le Grand Cahier, La Preuve, Le Troisième Mensonge) fable incisive sur les malheurs de la guerre et du totalitarisme, mais aussi un véritable roman d’apprentissage dominé par l’humour noir.

- Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Un livre agréable et loufoque, sur les iles anglo-normandes. Il a semble-t-il totalement enthousismé les blogonautes !


L’Amériiiqueuh
- Le Temps où nous chantions de Richard Powers. La destinée d'une famille américaine mélomane, qui questionne la place des noirs, l'évolution de la société américaine. Elu meilleur livre de l'année 2003 par le New York Times et le Washington Post.

- Fugitives, Alice Munro. Des femmes comme les autres. Par usure ou par hasard, un beau matin, elles quittent le domicile familial (ou conjugal), sans se retourner. Des nouvelles par la maitresse de la nouvelle !

- En Amérique, de Jean Baudrillard (ça, c’est moi qui rajoute, JB, j’adore, même si ce n’est pas à lire quand on est amolli par le soleil)

- Middlesex, de Jeffrey Eugenides. La destinée d'un hermaphrodite (be careful, gros pavé) C’est l’auteur de l’excellent Virgin Suicides (enfin, je n’ai vu que le film).

03.07.2009

Lectures de vacances

Vous avez erré, désespéré, dans les rayons de la librairie, en pleurant “Chais pas quoi preennnndre”. Alors, vite, voici une petite liste pour garnir vos sacs à dos.

Pour le trajet en TGV Atlantique : Paris-Brest Lecture rapide et jouissive. Vous aurez en plus un aperçu de la culture locale et serez au point sur la rade de Brest et le Cercle. Seul problème : l’arrêt à Brest est obligatoire pour faire son petit effet.

Pour des voyages dans des contrées lointaines (ou pour voyager tout en restant dans son appartement tout rikiki) :

Equatoria Seul problème : je conseille d’apporter un atlas avec vous, ce qui tout de suite alourdit les bagages.

Victoire Aucune contre-indication. Sauf pour ceux qui n’aiment pas les livres écrits tout petit et tout tassé.

La traversée du Mozambique par temps calme. Un de mes chouchous !

Pour ceux qui ont une grande valise

Une partie du tout Une grande fresque super bien et drôle, mais je ne suis pas sure qu'elle soit sortie en poche...

Pour ceux qui ont trop chaud : Le lièvre de Vatanen (ca va vous réchauffer illico)

Pour ceux qui prennent l’avion : Prisonniers du Paradis (parce que vous serez rassuré de voir comment on peut être heureux quand un avion s’écrase dans la mer.)

Pour ceux qui vont à New-York :

La belle vie. NY juste avant et juste après le 11. Émouvant, beau, tout quoi.

Extrêmement fort et incroyablement près, de Jonathan Safran Foer. NY après le 11. Émouvant aussi, drôle, poétique... super bien.
À neuf ans, Oskar Schell a perdu son père le 11 septembre. Lorsqu’il trouve une clé dans le dressing de son père un an après, Oskar se met en tête de découvrir la serrure à laquelle elle correspond ainsi que la signification du mot « Black » écrit au dos d’une enveloppe.  Il décide de rencontrer toutes les personnes qui s’appellent Black à New York, soit deux cent seize foyers.

Pour ceux qui sont tout le temps en retard ; Mes conseils de l’an dernier sont toujours valables !

- Belle du seigneur, d'Albert Cohen (1 100 pages de valeur sûre). Un mélange de passion qui cherche la perfection, de description du monde diplomatique de l'Entre-deux-guerre totalement ironique, la montée de l'antisémitisme... C'est extrêmement bien écrit, en plus.

- La vie devant soi, d'Emile Ajar alias Romain Gary. C'est très drôle et triste à la fois, c'est poétique. C'est plein de pépites d'expressions partout. Momo vit chez une vieille juive, ancienne prostituée, et  Emile/Romain en fait une belle histoire d'amour.Si vous préférez les histoires d'amour entre un employé de bureau très seul et un pyhton, c'est Gros-Câlin, toujours d'Emile Ajar, qu'il vous faut.

Pour ceux qui ont déjà lu tout ce que je leur avait proposé : Magnus, de Sylvie Germain. Je ne sais pas pourquoi, ce titre ne m’avait jamais tenté. Enfin, je me suis décidée à le lire, rassurée par la jaquette “Prix Goncourt des lycéens”. Bien m’en a pris, c’est un très beau roman. L’écriture est douce et riche, l’histoire est prenante. Magnus, c’est le nom de l’ours en peluche du héros Franz-Georg. Franz-Georg est né en Allemagne dans les années 1940. Il n’a plus aucune mémoire de ce qui s’est passé de sa naissance à ses 5 ans. Sa mère lui raconte son passé comme dans un conte, mais peu à peu, il grandit et s’aperçoit que tout n’est pas aussi beau que ce qu’on lui a fait croire. Ca peut même être l’envers de la beauté : l’horreur inimaginable. Entre conte et Histoire, le livre est la quête du héros pour récupérer son histoire et son identité. Je n’en dis pas plus, je vous laisse le lire...

03.06.2009

Marelle

marelle.jpgMarelle, de Julio Cortazar

Waouh !
Tel est le mot qui résume peut-être le mieux l’impression que ce livre de 590 pages bien tassées m’a fait. Ça part dans tous les sens, mais c’est si bien ! Ça part tellement dans tous les sens que Cortazar propose deux manières de le lire. L’une, classique et linéaire, page après page, qui nous mène aux deux tiers du livre, et voilà, c’est terminé. L’autre manière est plus papillonnante : il faut suivre une complexe table de chiffres : lire d’abord le chapitre 72, puis le 22, puis le 43, etc. De cette manière, on lit l’ensemble du livre. C’est ce que j’ai fait, évidemment, c’est pas tous les jours qu’on nous invite à lire un roman dans le désordre !
Le livre s’y prête bien, car il se déguste comme un recueil de poésie. On peut y revenir souvent, il sera toujours différent.

Que croise-t-on dans cette promenade ? Horacio Oliveira, exilé argentin à Paris, qui ne fait rien, car telle est sa discipline. Et ses amis : un peintre, un autre homme qui s’invente plusieurs mères. Tous obsédés par un écrivain, Morelli. Et une femme bien sûr : la Sybille, qui a un sens de la vie qu’Horacio lui jalouse (« bienheureuse celle qui peut croire sans voir, qui forme corps avec la durée, avec le flux de la vie ».). Quoi d’autre ? Une histoire d’amour absolue entre Horacio et la Sybille. Le retour d’Horacio à Buenos Aires pour la rechercher. Sa vie auprès de son ami et de sa femme. La fusion, la confusion.

Les personnages parlent beaucoup de la réalité, du temps…, de beaucoup de choses, en fait !
Ce n’est pas vraiment une histoire, donc, plutôt de grandes joutes verbales, de grandes engueulades, des quêtes infinies, des personnages.

Quelques petits extraits à déguster :
« tu es capable de trouver de la métaphysique dans une boite de tomates »
« les mots adorent qu’on les sorte de la penderie et qu’on leur fasse faire un petit tour dans la chambre. »

29.05.2009

La fille sans qualité

fille sans qualités.jpgJe poursuis l’exploration de ma bibliothèque, avec La fille sans qualité, de Julie Zeh. Editions Actes sud

Un roman fort, très bien tourné. Implacable. Deux jeunes monstres montent pièce par pièce un engrenage infernal. A faire froid dans le dos...
Au début des années 2000, dans un lycée allemand, deux élèves surdoués poussent leur jeu jusqu’à l’extrême logique. Ada (quatorze ans) et Alev (dix-huit ans) sont nés pendant la guerre du Golfe ; ils ont grandi avec les images du conflit des Balkans et celles du 11 Septembre ou des attentats de Madrid. Ada, c'est une "fille sans qualités". Elle place l'efficacité au-dessus de tout et dit n’avoir pas d’âme.
Avec Alev, Ada a trouvé son maître de jeu. Elle se prête aux expériences comme si elle était à l’extérieur d’elle-même. Tous les deux sont amoraux : les jeux peuvent aller loin.
Sont-ils nihilistes ? Non :
Alev : « Les nihilistes, eux, croyaient au moins en l’existence d’une chose à laquelle ils pouvaient ne pas croire. »
Ada : « Nous, nous sommes les arrières-petits-enfants des nihilistes ».

Un seul petit regret : les tranches de réflexions philosophiques sont par endroit un peu longues.

25.05.2009

Victoire

victoire.jpgVictoire, de Joseph Conrad

Ce livre-là ne fait pas partie de l’actualité littéraire, il est sorti en 1915, mais il vaut le détour !
Quelle ambiance du bout du monde, quel huis clos exotique ! Attention, il est difficile de lâcher le volume avant de l’avoir terminé.
La quatrième de couverture décrit Victoire comme « à la fois un récit d’aventures, un roman philosophique, un conte colonial, une réflexion métaphysique.. », et c’est bien tout ça à la fois.
L’histoire se passe dans les îles indonésiennes, du temps des colons, au19e siècle.
Le Suédois Heyst est un homme seul, qui se promène d’île en île. Fils d’un philosophe, il se refuse à participer au monde. Il se laisse flotter et finit par s’installer sur une île déserte. Mais il doit finalement agir et infléchir le destin d’une jeune danseuse : il l’enlève pour la soustraire à une troupe mesquine et brutale et aux avances encore plus effrayantes du propriétaire de l’hôtel, Schomberg.
Schomberg n’aime déjà pas ce vagabond de Heyst, mais là, sa haine est sans limite.
Là-dessus, trois escrocs terrifiants débarquent dans l’hôtel de Schomberg. Pour s’en débarrasser, l’hôtelier les met sur les traces de Heyst, faisant allusion à de l’or qu’il cacherait sur son île.

L’atmosphère est prenante, les personnages aussi. L’écriture de Conrad, d’une autre époque, m’a séduite également. Il multiplie les points de vue et les conteurs, ce qui donne un peu l’impression qu’on nous raconte une histoire, bien installés dans un boudoir avec de gros canapés en cuir et une tasse de thé qui refroidit. Il est vrai qu’on parle beaucoup de gentlemen dans ce roman.

18.05.2009

Anchise

Anchise, de Maryline Desbiolles, éditions du Seuil, collection Fiction & Cie.
J’avoue, je l’ai lu seulement parce qu’il a eu le prix Femina (en 1999 !), car le titre ne me disait rien. Et pourtant, quelle belle surprise !
Quelle poésie dans ce court roman d’une centaine de pages, qu’on lit comme une délicate friandise.
Ça se passe de nos jours dans la campagne près de Nice, et pourtant on a l’impression que c’est un roman sans temps et sans lieu, comme un beau conte. On y parle de trois maisons au bord de la départementale, où s’accrochent des vieux. Ils sont isolés mais ne s’aiment pas et se parlent encore moins. Sasso traite tout le monde de con, la Thomas s’enferme derrière ses volets et ne voit pas le jour, et Anchise… Anchise c’est autre chose.
Anchise, c’est l’homme de la maison du milieu. L’homme qui a aimé sa femme, morte bien trop tôt. C’est cette histoire d’un amour dont il ne se remet pas, l’histoire d’un rêveur qui a des abeilles qui lui sortent des poches.
En toile de fond, Maryline Desbiolles parle beaucoup de la campagne aujourd’hui, quand 80 % de l’humanité vit dans les villes, comme elle aime à le répéter au détour des pages.
« Campagne. Vaste étendue de pays découvert. Si découvert en effet malgré les broussailles, les ares qui peu à peu remplacent ce qui fut cultivé…[…]. Le maquis, il vaut mieux le prendre en ville. Etendue de pays découvert mais fermé comme une huître […] »

C’est vraiment un très beau roman, très doux. Je ne connaissais pas l’auteur, mais ça donne envie de lire d’autres livres d’elle (j’ai vérifié : ouf, il y en a d’autres.)

13.05.2009

Paris Brest

paris-brest.jpgParis-Brest, de Tanguy Viel, éditions de Minuit.
C’est un livre qu’on m’a offert, ce qui n’étonnera personne connaissant mon lieu de naissance. Et c’est un roman très bien, même pour des non-Brestois. Ça se lit facilement, dans un style indéfinissable frisant le poétique : avec quelques gouttes de Michaux et de Vian. Les personnages ? Ils sont peu nombreux.
Il y a la grand-mère, qui a hérité d’un grand appartement à Brest, vue sur la rade. Elle est riche.
Il y a le narrateur, qui vit dans le studio du dessous, alors que ses parents fuient dans le sud pour une sombre histoire de sous et de Stade Brestois. Il s’ennuie, rêve d’aller à Paris, rêve de faire quelque chose. Mais il n’a pas de sous.
Il y a le fils Kermeur, avec qui le narrateur passe ses soirées. Le fils Kermeur, que la mère du narrateur a toujours essayé d’éloigner de son fils. Sans succès.
Car surtout, il y a la mère du narrateur. Insupportable et toujours présente. La mère déteste Madame Kermeur, qui – chose atroce – est la femme de ménage de la grand-mère. Une femme de ménage, bien sûr, ne pense qu’à voler ce qui devrait lui revenir à elle, au décès de la grand-mère. Voilà, en gros, les pensées généreuses de la mère.

Enfin, bref, c’est assez compliqué à tout expliquer. On parle de famille, de sous, de non-dits, de bourgeoisie.
Vous n’avez qu’à lire le roman, il est court et vous ne serez pas déçu.
Voici quelques tout petits extraits :
« Tout était calme comme la mer ne l’est jamais à cette époque »
« Il a continué à siffloter et à rien du tout » (ça, c’est le fils Kermeur, évidement)

Comme j’aimais bien ce livre et comme le veut ma tradition, j’ai voulu le donner à un Brestois. Devinez quoi ? On le lui avait déjà offert. Heureusement, j’ai trouvé preneur en élargissant un peu ma zone géographique.

Ce joli petit objet fait aussi partie des livres sélectionnées pour le Prix Inter 2009.

11.05.2009

Une partie du tout

une partie du tout.jpgUne partie du tout, de Steve Toltz, éditions Belfond. J’avais lu une critique dithyrambique dans le Monde des livres, alors je l’ai acheté. Et j’ai bien fait !
500 pages grand format, 500 pages où il se passe un tas de chose et où l’on ne s’ennuie jamais.
Un livre ébouriffant, entre roman d'aventures, jubilation et conte philosophique. Une saga familiale, d’Australie à Paris, en passant par l’Asie.

C’est l’histoire de Jasper Dean, de son père Martin (génie fou) et de son oncle Terry (tueur en série de tous les sportifs ayant triché, célébrité adulée).
Dans l’ombre de son frère Terry, Martin ne peut rien faire, il s’ennuie et se cherche des projets, qui virent tous à la catastrophe. Parmi ses projets, il y a éduquer son fils Jasper selon ses propres principes.
Ajoutez à cela d’innombrables et extraordinaires personnages secondaires, la recherche par Jasper d’une mère jamais connue et donc mythifiée, un dénouement à la hauteur du reste…
Une excellente lecture pour ces week-ends ensoleillées et prolongés. On peut assez facilement imaginer un film qui suivrait, d’ailleurs, tant il y a d’actions et de personnages croustillants.

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