24.12.2009

Chez les heureux du monde

wharton.jpgEncore un livre hautement recommandable : Chez les heureux du monde, d'Edith Wharton. Que ceux qui détestent Jane Austen et Virginia Woolf passent leur chemin et s'engouffrent dans l'enfer des grands magasins pour les dernières courses. Les autres, courez l'emprunter à la bibli.

Comme tous ces romans du genre, le résumé va sûrement sembler niais, alors que ce roman est atrocement noir, cruel et machiavélique.

Voilà de quoi il s'agit : Lily Bart est une jeune et belle orpheline qui vit dans la société mondaine de New-York au début du 20e siècle. Son objectif dans la vie : se faire épouser d'un homme riche, pour poursuivre son train de vie. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Pour le moment, elle vit aux crochets de ses amis, qui aiment à s'entourer d'une pimpante jeune femme pour égayer leurs week-end. Les occasions de maris riches ne manquent pas. Mais voilà, Lily est tiraillée. Elle a sa fierté, elle pense à un autre homme... Elle rate quelques occasions. Elle s'enfonce dans les dépendances, sa réputation en pâtit. Or, pour elle, la réputation est vitale. On assiste alors à sa déchéance inexorable. Elle sait qu'elle compromet son avenir, mais c'est plus fort qu'elle.

Pourquoi ce livre est génial ? La description de la société mondaine est peinte avec brio. Selon avec qui on se montre, son avenir peut être compromis en quelques minutes. Les mondains sont absolument implacables. Le rôle de la réputation dans ce monde est extrêmement bien décrit. La moindre erreur est fatale. Autre aspect passionnant du roman : la description de Lily Bart, qui sait parfaitement ce qu'elle doit faire, mais à chaque fois sabote son plan à cause de quelques scrupules moraux. Mais elle n'a toutefois pas assez de sens moral pour renoncer à la richesse. A force d'hésiter, elle chute.

Attention, âme sensible s'abstenir !

23.12.2009

La délicatesse

la délicatesse.gifLa délicatesse, voilà un titre qui lui va bien, à ce roman de David Foenkinos. Un roman court, simple, émouvant. Comme une couette bien chaude, c'est idéal pour les dimanches gris !

C'est l'histoire d'un amour, enfin, de plusieurs amours. Nathalie, belle femme brillante, perd son époux et amant François. Fin du couple idéal. Fin de tout pour Nathalie. Et puis, suite à un geste qu'elle ne s'explique pas, elle reprend quelques couleurs. Celui qui les lui donne est l'homme le plus improbable de son entourage.

Le style est simple, sans envolée lyrique (ce n'est pas le style de la maison !). La poésie affleure, grâce au personnage de Markus. David Foenkinos semble avoir tellement peur du lyrique et du pathos qu'il s'amuse un peu trop à faire des a-partés, notes de bas de pages et jeux de mots. C'est souvent bien trouvé, mais ça n'était pas nécessaire.

En revanche, la fin est réussie, et ça, c'est précieux !

Lisez, lisez !

03.07.2009

Lectures de vacances

Vous avez erré, désespéré, dans les rayons de la librairie, en pleurant “Chais pas quoi preennnndre”. Alors, vite, voici une petite liste pour garnir vos sacs à dos.

Pour le trajet en TGV Atlantique : Paris-Brest Lecture rapide et jouissive. Vous aurez en plus un aperçu de la culture locale et serez au point sur la rade de Brest et le Cercle. Seul problème : l’arrêt à Brest est obligatoire pour faire son petit effet.

Pour des voyages dans des contrées lointaines (ou pour voyager tout en restant dans son appartement tout rikiki) :

Equatoria Seul problème : je conseille d’apporter un atlas avec vous, ce qui tout de suite alourdit les bagages.

Victoire Aucune contre-indication. Sauf pour ceux qui n’aiment pas les livres écrits tout petit et tout tassé.

La traversée du Mozambique par temps calme. Un de mes chouchous !

Pour ceux qui ont une grande valise

Une partie du tout Une grande fresque super bien et drôle, mais je ne suis pas sure qu'elle soit sortie en poche...

Pour ceux qui ont trop chaud : Le lièvre de Vatanen (ca va vous réchauffer illico)

Pour ceux qui prennent l’avion : Prisonniers du Paradis (parce que vous serez rassuré de voir comment on peut être heureux quand un avion s’écrase dans la mer.)

Pour ceux qui vont à New-York :

La belle vie. NY juste avant et juste après le 11. Émouvant, beau, tout quoi.

Extrêmement fort et incroyablement près, de Jonathan Safran Foer. NY après le 11. Émouvant aussi, drôle, poétique... super bien.
À neuf ans, Oskar Schell a perdu son père le 11 septembre. Lorsqu’il trouve une clé dans le dressing de son père un an après, Oskar se met en tête de découvrir la serrure à laquelle elle correspond ainsi que la signification du mot « Black » écrit au dos d’une enveloppe.  Il décide de rencontrer toutes les personnes qui s’appellent Black à New York, soit deux cent seize foyers.

Pour ceux qui sont tout le temps en retard ; Mes conseils de l’an dernier sont toujours valables !

- Belle du seigneur, d'Albert Cohen (1 100 pages de valeur sûre). Un mélange de passion qui cherche la perfection, de description du monde diplomatique de l'Entre-deux-guerre totalement ironique, la montée de l'antisémitisme... C'est extrêmement bien écrit, en plus.

- La vie devant soi, d'Emile Ajar alias Romain Gary. C'est très drôle et triste à la fois, c'est poétique. C'est plein de pépites d'expressions partout. Momo vit chez une vieille juive, ancienne prostituée, et  Emile/Romain en fait une belle histoire d'amour.Si vous préférez les histoires d'amour entre un employé de bureau très seul et un pyhton, c'est Gros-Câlin, toujours d'Emile Ajar, qu'il vous faut.

Pour ceux qui ont déjà lu tout ce que je leur avait proposé : Magnus, de Sylvie Germain. Je ne sais pas pourquoi, ce titre ne m’avait jamais tenté. Enfin, je me suis décidée à le lire, rassurée par la jaquette “Prix Goncourt des lycéens”. Bien m’en a pris, c’est un très beau roman. L’écriture est douce et riche, l’histoire est prenante. Magnus, c’est le nom de l’ours en peluche du héros Franz-Georg. Franz-Georg est né en Allemagne dans les années 1940. Il n’a plus aucune mémoire de ce qui s’est passé de sa naissance à ses 5 ans. Sa mère lui raconte son passé comme dans un conte, mais peu à peu, il grandit et s’aperçoit que tout n’est pas aussi beau que ce qu’on lui a fait croire. Ca peut même être l’envers de la beauté : l’horreur inimaginable. Entre conte et Histoire, le livre est la quête du héros pour récupérer son histoire et son identité. Je n’en dis pas plus, je vous laisse le lire...

03.06.2009

Marelle

marelle.jpgMarelle, de Julio Cortazar

Waouh !
Tel est le mot qui résume peut-être le mieux l’impression que ce livre de 590 pages bien tassées m’a fait. Ça part dans tous les sens, mais c’est si bien ! Ça part tellement dans tous les sens que Cortazar propose deux manières de le lire. L’une, classique et linéaire, page après page, qui nous mène aux deux tiers du livre, et voilà, c’est terminé. L’autre manière est plus papillonnante : il faut suivre une complexe table de chiffres : lire d’abord le chapitre 72, puis le 22, puis le 43, etc. De cette manière, on lit l’ensemble du livre. C’est ce que j’ai fait, évidemment, c’est pas tous les jours qu’on nous invite à lire un roman dans le désordre !
Le livre s’y prête bien, car il se déguste comme un recueil de poésie. On peut y revenir souvent, il sera toujours différent.

Que croise-t-on dans cette promenade ? Horacio Oliveira, exilé argentin à Paris, qui ne fait rien, car telle est sa discipline. Et ses amis : un peintre, un autre homme qui s’invente plusieurs mères. Tous obsédés par un écrivain, Morelli. Et une femme bien sûr : la Sybille, qui a un sens de la vie qu’Horacio lui jalouse (« bienheureuse celle qui peut croire sans voir, qui forme corps avec la durée, avec le flux de la vie ».). Quoi d’autre ? Une histoire d’amour absolue entre Horacio et la Sybille. Le retour d’Horacio à Buenos Aires pour la rechercher. Sa vie auprès de son ami et de sa femme. La fusion, la confusion.

Les personnages parlent beaucoup de la réalité, du temps…, de beaucoup de choses, en fait !
Ce n’est pas vraiment une histoire, donc, plutôt de grandes joutes verbales, de grandes engueulades, des quêtes infinies, des personnages.

Quelques petits extraits à déguster :
« tu es capable de trouver de la métaphysique dans une boite de tomates »
« les mots adorent qu’on les sorte de la penderie et qu’on leur fasse faire un petit tour dans la chambre. »

29.05.2009

La fille sans qualité

fille sans qualités.jpgJe poursuis l’exploration de ma bibliothèque, avec La fille sans qualité, de Julie Zeh. Editions Actes sud

Un roman fort, très bien tourné. Implacable. Deux jeunes monstres montent pièce par pièce un engrenage infernal. A faire froid dans le dos...
Au début des années 2000, dans un lycée allemand, deux élèves surdoués poussent leur jeu jusqu’à l’extrême logique. Ada (quatorze ans) et Alev (dix-huit ans) sont nés pendant la guerre du Golfe ; ils ont grandi avec les images du conflit des Balkans et celles du 11 Septembre ou des attentats de Madrid. Ada, c'est une "fille sans qualités". Elle place l'efficacité au-dessus de tout et dit n’avoir pas d’âme.
Avec Alev, Ada a trouvé son maître de jeu. Elle se prête aux expériences comme si elle était à l’extérieur d’elle-même. Tous les deux sont amoraux : les jeux peuvent aller loin.
Sont-ils nihilistes ? Non :
Alev : « Les nihilistes, eux, croyaient au moins en l’existence d’une chose à laquelle ils pouvaient ne pas croire. »
Ada : « Nous, nous sommes les arrières-petits-enfants des nihilistes ».

Un seul petit regret : les tranches de réflexions philosophiques sont par endroit un peu longues.

25.05.2009

Victoire

victoire.jpgVictoire, de Joseph Conrad

Ce livre-là ne fait pas partie de l’actualité littéraire, il est sorti en 1915, mais il vaut le détour !
Quelle ambiance du bout du monde, quel huis clos exotique ! Attention, il est difficile de lâcher le volume avant de l’avoir terminé.
La quatrième de couverture décrit Victoire comme « à la fois un récit d’aventures, un roman philosophique, un conte colonial, une réflexion métaphysique.. », et c’est bien tout ça à la fois.
L’histoire se passe dans les îles indonésiennes, du temps des colons, au19e siècle.
Le Suédois Heyst est un homme seul, qui se promène d’île en île. Fils d’un philosophe, il se refuse à participer au monde. Il se laisse flotter et finit par s’installer sur une île déserte. Mais il doit finalement agir et infléchir le destin d’une jeune danseuse : il l’enlève pour la soustraire à une troupe mesquine et brutale et aux avances encore plus effrayantes du propriétaire de l’hôtel, Schomberg.
Schomberg n’aime déjà pas ce vagabond de Heyst, mais là, sa haine est sans limite.
Là-dessus, trois escrocs terrifiants débarquent dans l’hôtel de Schomberg. Pour s’en débarrasser, l’hôtelier les met sur les traces de Heyst, faisant allusion à de l’or qu’il cacherait sur son île.

L’atmosphère est prenante, les personnages aussi. L’écriture de Conrad, d’une autre époque, m’a séduite également. Il multiplie les points de vue et les conteurs, ce qui donne un peu l’impression qu’on nous raconte une histoire, bien installés dans un boudoir avec de gros canapés en cuir et une tasse de thé qui refroidit. Il est vrai qu’on parle beaucoup de gentlemen dans ce roman.

18.05.2009

Anchise

Anchise, de Maryline Desbiolles, éditions du Seuil, collection Fiction & Cie.
J’avoue, je l’ai lu seulement parce qu’il a eu le prix Femina (en 1999 !), car le titre ne me disait rien. Et pourtant, quelle belle surprise !
Quelle poésie dans ce court roman d’une centaine de pages, qu’on lit comme une délicate friandise.
Ça se passe de nos jours dans la campagne près de Nice, et pourtant on a l’impression que c’est un roman sans temps et sans lieu, comme un beau conte. On y parle de trois maisons au bord de la départementale, où s’accrochent des vieux. Ils sont isolés mais ne s’aiment pas et se parlent encore moins. Sasso traite tout le monde de con, la Thomas s’enferme derrière ses volets et ne voit pas le jour, et Anchise… Anchise c’est autre chose.
Anchise, c’est l’homme de la maison du milieu. L’homme qui a aimé sa femme, morte bien trop tôt. C’est cette histoire d’un amour dont il ne se remet pas, l’histoire d’un rêveur qui a des abeilles qui lui sortent des poches.
En toile de fond, Maryline Desbiolles parle beaucoup de la campagne aujourd’hui, quand 80 % de l’humanité vit dans les villes, comme elle aime à le répéter au détour des pages.
« Campagne. Vaste étendue de pays découvert. Si découvert en effet malgré les broussailles, les ares qui peu à peu remplacent ce qui fut cultivé…[…]. Le maquis, il vaut mieux le prendre en ville. Etendue de pays découvert mais fermé comme une huître […] »

C’est vraiment un très beau roman, très doux. Je ne connaissais pas l’auteur, mais ça donne envie de lire d’autres livres d’elle (j’ai vérifié : ouf, il y en a d’autres.)

13.05.2009

Paris Brest

paris-brest.jpgParis-Brest, de Tanguy Viel, éditions de Minuit.
C’est un livre qu’on m’a offert, ce qui n’étonnera personne connaissant mon lieu de naissance. Et c’est un roman très bien, même pour des non-Brestois. Ça se lit facilement, dans un style indéfinissable frisant le poétique : avec quelques gouttes de Michaux et de Vian. Les personnages ? Ils sont peu nombreux.
Il y a la grand-mère, qui a hérité d’un grand appartement à Brest, vue sur la rade. Elle est riche.
Il y a le narrateur, qui vit dans le studio du dessous, alors que ses parents fuient dans le sud pour une sombre histoire de sous et de Stade Brestois. Il s’ennuie, rêve d’aller à Paris, rêve de faire quelque chose. Mais il n’a pas de sous.
Il y a le fils Kermeur, avec qui le narrateur passe ses soirées. Le fils Kermeur, que la mère du narrateur a toujours essayé d’éloigner de son fils. Sans succès.
Car surtout, il y a la mère du narrateur. Insupportable et toujours présente. La mère déteste Madame Kermeur, qui – chose atroce – est la femme de ménage de la grand-mère. Une femme de ménage, bien sûr, ne pense qu’à voler ce qui devrait lui revenir à elle, au décès de la grand-mère. Voilà, en gros, les pensées généreuses de la mère.

Enfin, bref, c’est assez compliqué à tout expliquer. On parle de famille, de sous, de non-dits, de bourgeoisie.
Vous n’avez qu’à lire le roman, il est court et vous ne serez pas déçu.
Voici quelques tout petits extraits :
« Tout était calme comme la mer ne l’est jamais à cette époque »
« Il a continué à siffloter et à rien du tout » (ça, c’est le fils Kermeur, évidement)

Comme j’aimais bien ce livre et comme le veut ma tradition, j’ai voulu le donner à un Brestois. Devinez quoi ? On le lui avait déjà offert. Heureusement, j’ai trouvé preneur en élargissant un peu ma zone géographique.

Ce joli petit objet fait aussi partie des livres sélectionnées pour le Prix Inter 2009.

11.05.2009

Une partie du tout

une partie du tout.jpgUne partie du tout, de Steve Toltz, éditions Belfond. J’avais lu une critique dithyrambique dans le Monde des livres, alors je l’ai acheté. Et j’ai bien fait !
500 pages grand format, 500 pages où il se passe un tas de chose et où l’on ne s’ennuie jamais.
Un livre ébouriffant, entre roman d'aventures, jubilation et conte philosophique. Une saga familiale, d’Australie à Paris, en passant par l’Asie.

C’est l’histoire de Jasper Dean, de son père Martin (génie fou) et de son oncle Terry (tueur en série de tous les sportifs ayant triché, célébrité adulée).
Dans l’ombre de son frère Terry, Martin ne peut rien faire, il s’ennuie et se cherche des projets, qui virent tous à la catastrophe. Parmi ses projets, il y a éduquer son fils Jasper selon ses propres principes.
Ajoutez à cela d’innombrables et extraordinaires personnages secondaires, la recherche par Jasper d’une mère jamais connue et donc mythifiée, un dénouement à la hauteur du reste…
Une excellente lecture pour ces week-ends ensoleillées et prolongés. On peut assez facilement imaginer un film qui suivrait, d’ailleurs, tant il y a d’actions et de personnages croustillants.

09.05.2009

Equatoria

equatoria.jpgCa fait bien longtemps que je ne vous ai pas parlé de mes lectures. Je vais réparer ce contre-temps, car il y a de quoi lire !

Commençons par Equatoria, de Patrick Deville, éditions du Seuil, collection Fictions et Cie. Un des livres sélectionnées pour le Prix Inter 2009.

Un bien beau livre. Un beau style très élégant et retenu, avec juste ce qu’il faut d’humour. Une très belle ambiance. L’auteur part sur les traces de Brazza en Afrique. On remonte le Congo en vapeur. Face aux chutes d’eau, on démonte pièce par pièce le vapeur et on poursuit la progression dans la boue. On suit aussi les destinées d’Albert Schweitzer, de Livingstone, de Pierre Loti, d’Henry Stanley et de bien d’autres. On croise le Che en Angola. Tous ces hommes sont incarnés, ils ont une histoire, des faiblesses, des ambitions. On y rencontre aussi les velléités colonialistes de la France, de la Belgique, du Royaume-Uni.
Chaque chapitre est un pays. Dans chaque pays, l’auteur-narrateur crapahute accompagné d’un guide ou d’un ami local et parfaitement contemporain. Le mélange des époques est très réussi.
Il ne lui manque qu’une chose, à ce livre : une carte de l’Afrique et de ses fleuves.
Munissez vous de votre atlas préféré pendant la lecture !

Je suis vraiment désolée de ne pas pouvoir vous parler plus précisément d’Equatoria et de vous donner un aperçu de quelques lignes : comme il était vraiment bien, je me suis empressée de prêter mon exemplaire et de le faire voyager, lui aussi.

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