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19/09/2012

La fleur des soeurs

Cette année, je participe au Tandem Jeunesse 10. Souvenez-vous, anciens de ce blog, j'avais participé et co-organisé les "Projet 6" et "Projet 5". Que sont ces noms de code ? C'est le miracle d'Internet ! Une centaine d'auteurs et une centaine d'illustrateurs se rencontrent sur un forum, créent des règles du jeu en commun pour former à la fin une centaine de projets illustrés sur un thème commun.

Cette année, le thème voté était "Jardins enchantés". Moi, j'avais proposé "Peurs".... bref, les jardins enchantés ne m'inspiraient pas trop, mais j'ai fini par écrire "La fleur des soeurs", que voici.

Ensuite, quand les 100 auteurs ont écrit leur texte dans les délais imposés, les 100 illustrateurs se positionnent sur les textes (anonymisés, cette année !). Et là, c'est le grand mercato !

O joie, j'ai déjà trouvé chaussure à mon pied ou crayon à mon texte, avec Olga Molnar (ben oui, encore une Hongroise ! Et contrairement à ce que son blog laisse croire, elle parle et lit très bien le français). Mais il y a encore 50 textes qui tournent, en négo avec les illustrateurs et les auteurs !

Revenons au titre de ce post : La fleur des soeurs

"J’en ai assez ! Elles sont insupportables. Elles crient, elles tapent, elles courent, elles parlent
tout le temps. Elles me cassent les oreilles, les pieds et mes jouets.

Mes sœurs et moi, on est fâchées.

Je me demande bien comment on peut être sœurs : on n’a rien en commun. Rien à partager,
tout à se disputer !

Pour les oublier, je me réfugie sur le petit balcon de l’appartement. C’est ma cabane au grand
air. Je guette les chats sur les toits. Mais il n’y en a pas, de chats sur les toits. Je guette les
oiseaux qui volent. Il y en a parfois, des oiseaux en ville.

Justement, un oiseau tout petit tout marron s’est posé sur mon balcon. Un moineau, je pense.
Dans son bec, il tient une graine minuscule, qu’il lâche dans un pot abandonné.

Je l’arrose, on ne sait jamais.

Je lui rapporte aussi de la terre du jardin public. Quand on y va avec mes sœurs, je les quitte
dès le portail. Elles jouent à la balançoire, au toboggan et au sable. Et moi, je cache un peu de
terre dans ma poche, pour l’offrir à ma graine.

Je colle mon oreille à la terre et j’écoute ma graine. Elle ne dit rien, c’est bien. Derrière, loin
derrière, j’entends les moqueries de mes sœurs. Je m’en fiche. J’ai la graine pour moi, rien
que pour moi.

J’arrose ma graine, je lui parle doucement. Elle me laisse parler, elle.

J’arrose encore, mais il ne se passe rien. La petite graine ne veut pas sortir. J’aime bien
écouter son silence, mais le silence tout le temps, c’est ennuyeux. J’aime aussi qu’on me
raconte des histoires.

Un soir en rentrant de l’école, la graine a enfin germé. Elle est jolie dans son cocon vert tout
doux ! Je lui fais des compliments, mais elle ne répond même pas. C’est lassant, finalement,
de parler toute seule.

Enfin, un matin, la graine est devenue petite plante. Elle a déployé une feuille, encore une
autre. Puis, un bouton de fleur est apparu.

Et alors…

– Oh ! que c’est beau, ai-je crié.

La fleur s’était ouverte, elle était magnifique.

En m’entendant, mes sœurs ont débarqué dans mon jardin secret.

– Oh ! que c’est beau ! ont-elles crié.

Sur cette joie partagée, on s’est réconciliées.

La fleur a fait des graines que mes sœurs et moi ressemons chaque année. Nous les arrosons
ensemble tous les jours. Et quand les fleurs s’ouvrent, nous fêtons le bonheur d’être sœurs."