Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/08/2013

Quelques représentations genrées de l’autre sexe chez des enfants de six ans

Petite réflexion sur le sexisme ordinaire dans une classe de CP.

Voici une expérience très intéressante, qu'un amis instit m'a racontée, et qui est relatée ici :


Depuis deux ans, le Planning Familial intervient dans une classe de CP. Lors d’une des deux interventions, la situation suivante est proposée : « Imaginez que pendant votre sommeil, un magicien ou une magicienne vous transforme en garçon (respectivement fille). Le matin lorsque vous vous réveillez, quelle est votre réaction ? Qu’est-ce qui est mieux ou moins bien ? Qu’est-ce que vous pouvez faire que vous ne pouviez pas faire avant ? Qu’est-ce que vous ne pouvez plus faire ? ».

Les élèves sont répartis en deux groupes (les filles d'un côtés, les garçons de l'autre) avant un temps de synthèse collective qui permet notamment d’interroger certaines des affirmations énoncées lors de l’activité à la lumière de l’expérience de chacun(e).

Le groupe des filles
Lorsqu’on est une fille et qu’on se réveille garçon, les points négatifs sont :
- J’ai moins de choix pour m’habiller (pas de jupes, de collants, de bracelets).
– Je dois me battre et taper, les autres auront peur de moi et j’aurai moins d’amis.
– Je devrai me raser.
– Je ne pourrai plus avoir des jouets de fille.
– Je ne pourrai plus m’entraîner à m’occuper d’enfants en jouant à la poupée.

Lorsqu’on est une fille et qu’on se réveille garçon, les points positifs sont :
- Je n’aurai pas de bébé dans le ventre, je serai tranquille, je n’irai pas à l’hôpital.
– Je n’aurai pas de mari.
– Je n’aurai pas besoin de me coiffer.
– Je pourrai faire pipi debout.
– Je courrai plus vite.
– J’aurai un zizi.
– Je pourrai avoir des jouets et des habits de garçon.
– Je pourrai avoir les cheveux courts.

Le groupe des garçons
Lorsqu’on est un garçon et qu’on se réveille fille, les points négatifs sont :
- Je devrai porter des jupes et on verra ma culotte.
– J’aurai des seins et c’est trop gros.
– J’aurai des seins et on va se moquer de moi.
– J’aurai des bébés et après il faut s’en occuper.
– Il faudra enlever ma culotte pour faire pipi.
– Il faudra mettre du rouge à lèvres, du maquillage et toujours se coiffer les cheveux.
– Je ne pourrai plus jouer au basket.
– Il faudra se coucher plus tôt.
– J’aurai moins de force.
– J’aurai moins d’intelligence.
– Je ferai moins de sport.
– J’aurai plus peur.

Lorsqu’on est un garçon et qu’on se réveille fille, les points positifs sont :
- Je serai sage à l’école.
– Je pourrai être amoureux de Théo.
– Je pourrai faire des bisous à Thibault.
– Je pourrai porter des bijoux.
– Je pourrai faire de la cuisine.
– Je pourrai faire des bisous.

 A part les déclarations d'amour, le constat est terrifiant, non ?

L'expérience est relatée ici : http://seenthis.net/messages/107965

Et vous pouvez aussi lire l'ensemble des articles de "heautontimoroumenos", qui propose de nombreuses réflexions sur l'éducation et la pédagogie :

http://seenthis.net/people/heautontimoroumenos

13/03/2010

Sexisme dans la littérature jeunesse - 4 et fin

Fin de mon enquête... et conclusion !

C'est quoi les effets secondaires ?

> Des rapports sociaux de sexe inégalitaires colportés et intégrés dès le plus jeune âge

Le modèle familial dans les albums légitime aux yeux des enfants une organisation domestique qui vise à permettre à papa de consacrer
tout son temps à son travail ou à sa carrière, sans enfants à récupérer à l’école ou à soigner, sans réfrigérateur à remplir, sans interruptions d’aucune sorte. (Adéla Turin)

> Moins de modèles pour les filles, petits soucis pour les choix professionnels du futur

Or, des recherches ont montré que la lecture d’histoires avec des personnages féminins dans des rôles "masculins" amène les enfants à estiment que ces activités sont davantage possible pour les filles.

D’autre part, les histoires présentant des femmes dans des rôles non uniquement traditionnels encouragent les filles à choisir leur future profession dans un éventail plus large, sans rester confinées dans des domaines stéréotypiques de leur propre sexe, rappelle Anne Dafflon Novelle.

> Le sexe masculin est intégré comme le sexe par défaut (par les enfants et les parents)

-------> Auteures, auteurs, illustratrices, illustrateurs, parents, lectrices, lecteurs, libraires et bibliothécaires : soyons vigilants !

12/03/2010

Sexisme dans la littérature jeunesse - 3 (le lexique sexiste d'Adéla Turin)

Le lexique sexiste d'Adéla Turin (auteure, éditrice et fondatrice de l'association Du côté des Filles) mérite un post à lui-seul, car il résumé assez bien la situation. Je vous en mets ici quelques extraits :

La maternité est signifiée par le tablier, symbole principal du rôle féminin par excellence : le ménage, le soin des enfants.

Massif, le fauteuil est le symbole du pouvoir domestique. Ancien,monumental c’est le trône de grand-père, le signe d’un pouvoir patriarcal, immuable et héréditaire. Mais le fauteuil est aussi, paradoxalement, le symbole du travail de papa. Ce dernier parle aux enfants de repos bien mérité après une rude journée de travail rétribué, d’horaires établis.Il leur dit aussi que le travail gratuit de maman n’est pas un vrai travail, puisque aucun horaire ni aucun lieu ne sont prévus pour son repos.


Tout ce qui est extérieur à la maison: l’information, la modernité, la politique, la culture, l’instruction, la participation à la vie de la collectivité, le sport, est symbolisé par le journal, que le père et le grand-père lisent, ainsi que les hommes dans la rue et dans les transports publics. Les femmes, et surtout les mères, ne lisent pas le journal.

boule et bill_journal.JPG


Les lunettes symbolisent l’intelligence: elles servent à faire d’un papa avec son bébé un pédiatre, comme aussi à confirmer la traditionnelle incompatibilité, chez une femme, entre beauté et intelligence, en faisant d’une fille qui porte des lunettes l’antipathique et disgracieuse «première de la classe», d’une femme une vieille fille. Les hommes dans les bureaux portent des lunettes, papa les porte souvent, maman jamais.

La fenêtre est un symbole très fort et très ancien. Comme dans les romans et dans la peinture du XIXe siècle, les filles et les femmes à la fenêtre sont légion dans les alphabets et livres de lecture de la première moitié du XXe siècle, et dans une version bien plus sombre dans les albums récents. Les femmes regardent, maussades, l’activité du «dehors», les filles attendent à la fenêtre, pleines d’espoir, l’arrivée du prince charmant… La fenêtre est la limite extrême du «dedans», la frontière du monde des femmes, le lieu de la nostalgie, de l’attente, de la mélancolie.

La porte est liée à l’image du père. On le voit partir et revenir, son porte-documents à la main, de ce monde «du dehors» qui est le sien.

Lire le texte complet d'Adéla Turin : Promouvoir la mixité culturelle dans l’éducation des enfants

Peter-rabbit.PNG

 

ours brun.gif

08/03/2010

Sexisme dans la littérature jeunesse - 2

Je profite de ce jour de la femme (un seul jour, les autres... c'est pour les hommes !) pour poursuivre mon enquête sur le sexisme dans la littérature jeunesse.

Sujet du jour : qui colporte les stéréotypes dans les histoires : les enfants ou les adultes ?

Filles et garçons : mêmes activités ?

Que nenni !

Selon l'enquête quantitative de S Cromer et ses collègues*, l’activité la plus répandue chez les filles (près d’un quart la pratiquent) est d’avoir des fonctions ménagères et maternelles, tandis que l’activité préférée des garçons est de vivre des aventures (18 %).
Evidemment, les stéréotypes ne sont pas si grossiers : avoir des activités ménagères ou de soins aux enfants arrive en deuxième position pour les garçons (17 %).

N'empêche, quatre activités sont à dominante féminine : se pomponner, se déguiser (+ 7,5 points par rapport aux garçons), avoir des activités ménagères (+ 6 points), se mettre en colère (+ 5 points) et danser (+ 4,5 points).

Deux activités sont à dominante masculine : vivre des aventures (+ 3,5 points par rapport aux filles) et faire des bêtises (+ 3 points).

Conclusion : le plein-air, le dehors et le ludique pour les garçons, l'intérieur pour les filles !

 

Les adultes, grands colporteurs de stéréotype dans les albums

Plus encore que les enfants, ce sont les adultes (et encore plus les parents) présents dans les albums qui colportent les stéréotypes d'un autre temps.

Quand un adulte féminin est présent dans un album, c'est avant tout pour son rôle de mère. Alors que c'est beaucoup moins le cas pour les hommes. Ainsi, 32 % des albums étudiés montrent un homme au travail, et 15 % une femme. De plus, les métiers féminins sont beaucoup moins nombreux : institutrice et soins aux enfants essentiellement. Les hommes peuvent être médecins, politiques, aventuriers, juges...

Concernant les activités des parents :

Les mères sont essentiellement occupées aux tâches ménagères : par ordre d’importance, cuisiner (14 % des mères contre 6,4 % des pères), servir à table et mettre la table (12,8 % des mères contre 2,6 % des pères), s’adonner aux travaux ménagers de toutes sortes. Le symbole de cette assignation aux tâches domestiques est le tablier, porté par près de 21 % des mères (3 % des pères).

Dans les albums, les pères jardinent ou bricolent (près de 6 % des pères, 1 % des mères). Dans la maison, ils se reposent aussi davantage, en lisant le journal (9 % des pères et 1,5 % des mères). Les lunettes sont leur attribut fétiche : 12 % en portent (4 % des mères).

La combinaison travail/famille n'existe quasiment pas pour les femmes. (PS : en 1994, année de l'étude, 70 % des femmes de 25-49 ans travaillaient en France...)

Allez, j'ose l'archétype :

martine petite maman.jpg

 

Biblio

* Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou Comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre
par Carole BRUGEILLES, Isabelle CROMER et Sylvie CROMER
(Éditions Institut National d'Etudes Démographiques, Population).

L'étude porte sur un échantillon de 537 albums illustrés 0-9 ans publiés en France en 1994.

07/03/2010

Sexisme dans la littérature jeunesse - 1

vignette_Dammarie.JPGPour ceux qui suivent, vous savez que je participe le 13 mars à un débat "Regards de femmes" à Dammarie les Lys. J'y causerai de Pédaroulette et de sexisme dans la littérature jeunesse. Du coup, j'ai fait quelques recherches. Ce n'est pas très joyeux... Voici, en quelques posts, ce que j'ai retenu.

Ecrasante majorité de garçons

Toutes les études quantitatives sur la production d'albums illustrés ont la même conclusion, sans appel : il y a une sur-représentation des personnages masculins dans les albums et la presse jeunesse : de l'ordre tout de même de 60 % ou 40 % de personnages féminins, selon Sylvie Cromer et ses confrères*. Cette sur-représentation s'agrave si on regarde les couvertures avec un héros masculin, par exemple. Elle est d'autant plus forte pour les albums pour tout-petits.

Pourquoi plus de garçons sur les couvertures des albums pour les plus petits ? La loi du marché !

Les adultes pensent qu’un livre avec un héros garçon peut convenir aussi bien à un petit garçon qu’à une petite fille, alors qu’un livre avec une héroïne ne peut plaire qu’à une petite fille.

C'est un point de vue strictement parental, car les filles comme les garçons préférent des livres avec un héros de leur propre sexe.

Mais comme pour les plus petits, c'est l’adulte qui choisis et achète : les livres avec personnages de sexe masculin offrent plus de débouchés pour un éditeur. Implaccable.

(La situation s'améliore avec l'âge des lecteurs : plus ils sont en âge de choisir eux-mêmes, plus les héros sont des deux sexes (mais pas forcément sans clichés...)

Les personnages animaux : Roi Lion contre souricette

Les enfants de 0-6 ans préfèrent les personnages animaux, car ils peuvent davantage se projeter.

Malheureusement, l'égalité n'est pas de mise, au contraire. Les héros de sexe masculin sont beaucoup plus fréquemment imaginés dans la peau d’animaux puissants ou alors plus présents dans l’imaginaire collectif des enfants, comme les ours, animaux de la savane, loups ou lapins. A l’opposé, les héroïnes sont davantage représentées sous les traits de petits animaux ou d’insectes, comme les souris ou les guêpes.

Et ce n'est pas une histoire de déterminant de la langue française : on retrouve les mêmes tendances dans les livres écrits en langue anglaise où le déterminant est neutre !

(Anne Dafflon Novelle**)

Tiens, tiens... qui est cet animal fort, puissant, seul sur sa couverture et qui en plus va jouer dehors ??

petit ours brun.jpg

Biblio

* Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou Comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre
par Carole BRUGEILLES, Isabelle CROMER et Sylvie CROMER
. L'étude porte sur un échantillon de 537 albums illustrés 0-9 ans publiés en France en 1994.

** Sexisme dans la littérature enfantine : quels effets pour le développement des enfants ?
Synthèse des recherches examinant les représentations du masculin et du féminin véhiculées dans la littérature et la presse enfantines, Anne Dafflon Novelle, Université de Genève